Daniel Gueguen

On se souvient de cette phrase célèbre attribuée à Jean Monnet, l’un des Pères fondateurs de l’Union. Il est communément admis qu’elle serait fausse, mais comme elle est juste. Comment dire tant de choses en si peu de mots ! Ce n’est pas pour renvoyer l’ascenseur à Euractiv qui héberge mon blog, mais j’ai adoré l’article posté ce week-end sous le titre « Bienvenue à Schuman : un no man’s land au cœur de l’Europe ». Tout un chacun aurait pu l’écrire tant il évoque notre quotidien : un Rond-point Schuman sans âme et sans symboles, des bâtiments sans plan d’urbanisme, des voitures, des bouchons, des travaux, rien qui n’évoque la grandeur de l’Union, ni ses ambitions, ni son passé, pas non plus son futur, … juste son présent : médiocre, bureaucratique, dispersé.

 

Dans un livre paru en 2010 – Comitologie, le pouvoir européen confisqué – j’avais moi-même évoqué la question. J’y écrivais : « L’architecture symbolise le pouvoir. Voyez Washington, Moscou, Paris, Londres, … le Capitole, la Place Rouge, l’Elysée, Le 10 Downing street, tout y exprime le pouvoir et évoque le respect naturellement dû au pouvoir par le citoyen. A Bruxelles – ajoutais-je – le quartier européen est une horreur, mais le pire est que personne ne s’en est jamais vraiment ému et que personne n’a tenté d’y remédier. Le terme « Bruxellisation » a fait son entrée dans le dictionnaire pour définir le pourrissement d’immeubles d’habitation en vue de les transformer en espaces de bureaux. Tout est dit !

 

De la fenêtre de mon bureau situé square de Meeûs, considéré comme le meilleur emplacement du quartier européen, j’ai une vue imprenable sur l’ancien bâtiment de la DG Recherche aujourd’hui rénové et occupé par les fonctionnaires et les administrateurs du Parlement européen. Qu’y vois-je ? Des containers pour bouteilles à recycler, un garage à vélos, quelques plantes vertes mal entretenues, … et je ne vous parle pas de la réception à l’intérieur du bâtiment ! Comme si ce bâtiment était n’importe quel bâtiment. Mais ce n’est pas n’importe quel bâtiment puisqu’il héberge le Parlement européen émanation des citoyens de l’Union européenne. Verrait-on ces bouteilles sales et ces vélos devant les locaux administratifs de l’Assemblée nationale française ou du Congrès américain ?

 

A chacun de mes déplacements dans le quartier européen je me désole qu’aucune autorité européenne (la Commission ? le Parlement ?), nationale (Le Conseil Européen ?), régionale (la région Wallonie-Bruxelles) ou locale (les Communes d’Ixelles et d’Etterbeek) ne se préoccupe de la dimension sacrée que revêt l’espace public quand il héberge ses législateurs. Que le Rond-point Schuman soit littéralement vide de tout symbole européen m’exaspère. Dans la poursuite des mêmes travaux pendant des semaines, des mois, des années je ne vois qu’indifférence au respect exigé pour la chose publique. Ce quartier est mal géré or ce quartier n’est pas un quartier comme les autres. C’est la vitrine et l’image de l’Union européenne.

 

Certes des efforts ponctuels sont à noter. Ils concernent la construction d’immeubles neufs de belle qualité, avec de belles architectures, mais sans plan d’ensemble, sans souci urbanistique global. Faute de prise de conscience aux différents échelons du pouvoir les mauvaises habitudes vont demeurer et la quartier européen rester ce qu’il est, voire pire ! Car en même temps que le rapatriement du Parlement européen de Strasbourg à Bruxelles est souhaité par certains, l’on apprend que l’hémicycle et les bâtiments du Parlement européen à Bruxelles, construits à grands frais voici moins de vingt ans, sont voués à une quasi-reconstruction tant ils seraient dégradés. Bonjour les économies souhaitées comme prétexte à réunir toutes les administrations européennes à Bruxelles !

 

Les mêmes « bonnes âmes » estiment que les déplacements des députés à Strasbourg pour les sessions plénières du Parlement créeraient une pollution et des émissions de C02 insupportables alors que le quartier européen symbolise pour moi – et objectivement – toutes les nuisances de voisinage : le bruit, la saleté, les travaux, les embouteillages, bref l’inefficacité. Toute réforme des Institutions, toute décision sur leur localisation devra passer par une réflexion d’ensemble sur la gouvernance, l’équilibre des pouvoirs, la conception même du quartier européen. Car au fond que préfère-t-on : un quartier européen qui empile des bureaux ou un quartier européen agréable à vivre ? Bruxelles ou Strasbourg ? C’est en ces termes, je suis navré de le dire que le problème se pose.

 

DG

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