Daniel Gueguen

Disons le franchement, après un an de plein exercice, la Commission Juncker est une déception.

Certes, les excuses ne manquent pas : des Etats-membres trop nombreux, un processus de décision devenu ingérable, des crises géo-politiques et humanitaires insurmontables, mais quoiqu’il en soit la « Commission de la dernière chance » risque fort de l’être si un retour à une meilleure gouvernance n’intervient pas dans un délai rapproché.

 

Le boulet du Traité de Lisbonne

Célébré à son origine comme un « Traité simplifié », le Traité de Lisbonne démontre chaque jour davantage que loin de faire partie de la solution, il fait partie du problème. Comme souligné par le Prof. Costa du Collège d’Europe, le triangle institutionnel se transforme en un carré dont le quatrième angle est occupé par le Conseil européen jugé comme une sorte de tuteur de la Commission en pleine contradiction avec l’esprit et la règle du Traité. Certains vont même plus loin et décrivent l’édifice européen comme une sorte de Tour Eiffel avec à son sommet le Conseil européen (qui décide) au centre la Commission (qui gère) et en bas – comme deux piliers chargés d’une sorte de supervision – le Conseil des Ministres et le Parlement européen. Un tel système conduit à la paralysie et porte en germe la dilution de l’Union européenne si pas sa disparition.

 

De mauvais choix de dirigeants

Le Traité de Lisbonne est là encore à incriminer : en mettant dans une sorte de parallèle le Président de la Commission et le Président du Conseil européen il crée soit une guerre de pouvoir comme sous l’ère Barroso, soit un effacement des deux Présidents comme c’est le cas aujourd’hui avec comme conséquence une mauvaise image, une absence totale de visibilité et une communication vers le citoyen égale à zéro. Quand même incroyable de voir le Président de la Commission réunir le 25 octobre un « Leader summit » sous la forme d’un mini-Conseil européen et en assurer la Présidence. L’introduction dans le système d’une Haute représentante à la fois vice-Présidente de la Commission et Présidente du Conseil des Ministres Affaires étrangères constitue un facteur additionnel d’incohérence et d’inefficacité cruellement mis en valeur par la primauté des leaders politiques nationaux dans les dossiers diplomatiques clés.

Une fois de plus avec le Président Juncker se révèle une sorte de contradiction psychologique et intellectuelle entre la fonction de Premier Ministre qu’il a occupée et sa fonction de Président de la Commission. Comme Le Président Santer avant lui, et Romano Prodi et le Président Barroso, aucun des Présidents de la Commission post-Delors n’a véritablement réussi à se glisser dans les habits de Président de la Commission, ce poste si difficile qui requiert une gamme de qualités contradictoires. Le problème est ici accru par la présence de cinq anciens Premiers Ministres aux postes de vice-Présidents. Ce dispositif s’accompagne souvent d’un glissement du pouvoir des titulaires vers leurs adjoints, autrement dit, du politique vers le bureaucratique.

 

Remettre de l’ordre dans la gouvernance de l’Union

Catherine Trautmann l’une des anciennes grandes voix du Parlement européen donnait l’autre mercredi une conférence de presse sur le siège du Parlement européen. Son initiative tombait à point, intervenant quelques jours à peine avant l’annonce publique d’une rénovation quasi-complète des installations du Parlement européen à Bruxelles à peine 20 ans après sa construction, démontrant là encore à quel point l’Union européenne n’est pas maîtresse de ses affaires et donc quelque part, de son destin. Mais loin de se centrer sur des considérations historiques, géo-politiques ou économiques, Mme Trautmann base son argumentation sous l’angle d’une gouvernance inappropriée de l’Union : à Bruxelles, la bureaucratie – dit-elle – à Strasbourg la démocratie ; estimant que ramener à Bruxelles l’intégralité d’un Parlement actuellement en perte de vitesse créerait une sorte de « tube législatif » dans lequel directives et règlement s’élaboreraient, se décideraient et s’exécuteraient d’une manière opaque, administrative et sans débats politiques. Bref, une caricature de démocratie.

Annonçant ses prochaines initiatives, Mme Trautmann fait état d’un prochaine séminaire sur une réforme de la Gouvernance européenne. Il y en a déjà eu beaucoup. Mais celui-ci s’annonce plus prometteur car probablement plus opérationnel dans son esprit, son programme et ses participants. Un vent de réforme doit souffler sur l’Union européenne. On recherche penseurs et décideurs d’urgence.

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