Daniel Gueguen

BREXIT le 23 juin; fin de la saga glyphosate le 24,

grandes politiques ou petits dossiers,

l’UE doit se reconstruire de A à Z

 
Voici 20 ans j’ai publié « L’Europe à contresens ». Un petit ouvrage avec un fort retentissement médiatique. Son message-clé était simple. Partant du constat que l’élargissement de l’Union à la Suède, la Finlande et l’Autriche (1995) portait en germe la dilution de l’Union européenne j’argumentais qu’il fallait suspendre le processus d’élargissement pour achever le Grand marché unifié des années Delors. Bref, demeurer le plus longtemps possible à 15, inciter les nouvelles démocraties de l’Est à s’organiser entre elles, conditionner la monnaie unique à une harmonisation préalable des fiscalités, des systèmes sociaux et des budgets, privilégier – enfin – la préférence communautaire contre la logique libre-échangiste mondialisée.
Le contraire fût mis en œuvre. Aujourd’hui on paye la note. Je n’ai jamais cru au BREXIT tant il me semblait impensable que les électeurs d’Outre-Manche décident par leur vote non seulement de quitter l’Union européenne où ils jouissent d’un statut confortable (y compris budgétairement), mais aussi d’enclencher une mécanique infernale conduisant l’Ecosse pro-Européenne à revendiquer son indépendance et peut-être aussi l’Irlande du Nord. Sans oublier les pressions qui vont s’exercer partout en Europe pour appeler les peuples à s’exprimer aussi sur le maintien de leur pays dans l’Union.
Une fuite en avant organisée par des leaders dévalués
Depuis 20 ans tout dans l’Union n’a été que fuite en avant. D’abord par une accélération du processus d’élargissement. Déjà difficilement gérable à 15, l’Union passée à 28 Etats membres est devenue ingérable. Mais cet élargissement inconsidéré s’est – facteur aggravant – accompagné de la création d’une monnaie unique dont le laxisme dans la conception et la gestion rendent inéluctable l’échec à long terme. Car comment maintenir une monnaie unique sans harmonisation fiscale, sociale, budgétaire et avec des écarts de compétitivité croissants entre les bons élèves (l’Allemagne et l’ancienne zone Mark) et les mauvais élèves (les pays du sud et la France) ?
Ces deux priorités inopportunes et autodestructrices se sont vues accompagnées – depuis 20 ans – par une folie libre-échangiste dont notre agriculture ne se remet pas ; par une prise en otage de la science via le principe de précaution faisant de l’UE une île repoussant toute avancée technologique et génétique dans le secteur agro-alimentaire ; et par un glissement sans fin d’une vision politique de l’UE à une gestion bureaucratique sans âme, sans sens et sans lendemain. Le tout sur fond de leaders mal choisis, parfois incompétents, toujours incapables. D’un superbe projet mobilisateur, l’Union européenne – même pour les fédéralistes dont je fais partie – est devenue un repoussoir.
Pour le glyphosate ou les perturbateurs endocriniens, rien ne va, mais une réforme rapide est possible
Cette lettre étant une Comitology Newletter, je me dois de revenir à ce sujet. Comme le développe largement notre lettre du mois de juin, l’extension de l’autorisation du glyphosate va se décider ce vendredi 24 juin au terme d’un processus règlementaire incompréhensible.
Et que dire du dossier jugé capital des perturbateurs endocriniens qui après des années d’errance bureaucratique se voit confronté à un processus de décision, osons le mot kafkaïen. Ce n’est pas un règlement unique que vient de proposer la Commission, mais deux, car il y a deux textes législatifs de base. Première incongruité. Mais pire tandis que le premier règlement se présente sous la forme d’un acte délégué (post-Lisbonne), le second avec en principe un contenu identique relève de la Procédure de règlementation avec contrôle (un système pré-Lisbonne toujours en vigueur) ! Mais qui peut comprendre cela, et comment un tel bazar bureaucratique peut-il fonctionner ?
Ce système doit être réformé d’urgence. Et il peut l’être sans grande difficulté à condition de le vouloir. D’abord en le simplifiant, en supprimant les marges d’interprétations que les fonctionnaires se sont octroyés et en organisant une transparence sans faille. Nous entendons en ce qui nous concerne prendre des initiatives en vue de proposer un système comitologique efficace et démocratique. Nous aurons l’occasion d’y revenir longuement.
Comme en 1940 : une défaite avec un esprit de résistance !
Les années post-Delors ont été de pire en pire avec des Présidents de la Commission mal choisis ou plutôt bien choisis pour mal faire ou pas faire. La litanie est longue : Santer, Prodi, Barroso I puis II et maintenant Juncker. La Commission Juncker en place depuis 18 mois a tout faux sur tout. Qu’il s’agisse du GREXIT ou du BREXIT, il aurait fallu avoir de ces dossiers une approche volontariste en les considérant tous deux comme une opportunité et non comme une menace. Faire sortir la Grèce de l’Euro tout en finançant sa dette et le redémarrage du pays était la solution pour une gestion durable de la monnaie unique. Au lieu de quoi, la crise grecque demeure devant nous non solutionnée.
Idem pour le BREXIT. Plutôt que de s’engager, de convaincre, de réformer ce qui devait l’être, le mot d’ordre de M. Juncker fût de ne prendre aucune initiative, de ne rien faire qui pourrait contrarier M. Cameron et à travers lui l’électeur britannique. Déjà très ralentis, de nombreux dossiers ont été arrêtés. Le référendum britannique aurait dû être géré comme une formidable occasion de débat et de reconstruction de l’Union européenne autour d’un système à deux cercles : les membres à vocation fédérale ; les pays du second cercle limité aux questions économiques et commerciales. Loin d’être un problème, la campagne référendaire aurait été une opportunité de clarification et de réorganisation de l’Union. Au lieu de quoi…
En ce matin du 24 juin 2016 je ne vois amer comme ont pu l’être les citoyens d’Europe en mai 1940 quand ils ont vu les panzers allemands contourner la ligne Maginot ! La France avait une guerre de retard. Aujourd’hui aussi l’Union a une guerre de retard et on espère que les chefs qui ont failli seront – comme en 1940 – emportés par la vague du ressentiment. Mais souvenons-nous aussi que le 24 juin, n’est qu’à une semaine de l’esprit de résistance du 18 juin. Rien n’est jamais perdu. La crise est une ressource. Nous pro-Européens avons la mission de ne pas renoncer, de ne pas nous décourager, … Mais nous avons aussi le devoir de nous révolter contre ce laxisme européen que nous combattons depuis 20 ans. A nous de nous organiser, de communiquer, de convaincre, de rassembler.
Chacun à son niveau et à son poste.

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