Daniel Gueguen

Jugé à juste titre inopportun, le BREXIT va s’avérer irréalisable techniquement et politiquement. Loin de détruire l’Union, le BREXIT constitue une chance pour la relancer par la création d’une communauté à deux cercles : le cercle de l’intégration exigée dans l’Eurozone et le cercle du Grand Marché. Chacun devrait y trouver son compte.

Les scénarios catastrophes prévoyant le pire pour le Royaume-Uni comme pour l’Union ne me semblent pas de mise. L’on ne voit pas en quoi un retrait du Royaume-Uni serait gravement négatif pour l’activité économique et la croissance sur les deux rives du Channel. Qu’il puisse y avoir des ajustements pour les monnaies, les services financiers ou l’immobilier, sans doute, mais de façon limitée et conjoncturelle.

Les vrais problèmes de la scission UK/UE sont d’un triple ordre :

ŸD’abord l’espace-temps. Nouveau Premier Ministre, nouvelle majorité, sans doute nouvelles élections. Déjà le déclenchement de l’article 50 s’estompe et plus il va s’estomper, plus il va s’éloigner.

ŸEnsuite les difficultés techniques : pour se limiter à la seule Politique Agricole Commune, le BREXIT ne consiste pas seulement à couper le fil des milliers de règlements communautaires, mais à en créer d’autres sur un concept différent: un retour aux prix mondiaux comme avant l’accession ? Autre chose ? Avec une gestion spécifique des aides (lequelles ?) pour chaque exploitation !

ŸEnfin, quel esprit sain amoureux de l’outre-Manche pourrait imaginer une séparation d’avec l’Ecosse et l’Irlande du Nord. Ramener le Royaume-Uni à l’Angleterre et au Pays de Galles, est-ce seulement concevable ? Et qu’en dirait le Commonweath ? Que le « Rule britania, rules the waves » voie sa fin pour toujours serait l’inenvisageable fin d’un monde, d’une culture, d’un modèle.

Répéter toujours que la crise est une ressource et le BREXIT aussi

J’en veux beaucoup à ce Président Junker d’avoir encore fait le mauvais choix de demeurer silencieux et d’interdire toute activité à ses services qui eût pu froisser l’électeur britannique pendant la campagne du BREXIT. L’inverse était nécessaire : communiquer, améliorer, proposer.

Depuis des années chaque pro-européen sait que les Etats membres se divisent en deux catégories : ceux qui ont fait le choix de l’Euro, cet instrument diabolique qui exigent de la discipline économique et une intégration d’inspiration fédérale et les autres non membres de l’Euro qui attendent de l’Europe les avantages offerts par un Grand marché unifié. Le Royaume-Uni dans ses gênes historiques fait partie de ce second cercle.

La division des 28 entre ces deux cercles doit se préparer dès maintenant et être proposée d’abord au UK, puis aux autres comme une solution. Les pays du premier cercle pourraient conserver le système actuel ou même l’améliorer en le rendant plus simple et plus opérationnel. Au Parlement européen devrait être accordé un droit au moins partiel d’initiative. Ce Parlement se réunirait en deux configurations : limitée au premier cercle pour les sujets allant au-delà de l’économie pure (Schengen, sécurité, fiscalité, emploi, …), étendue aux deux cercles pour les seules questions relevant de l’organisation du Marché unique. La Commission aurait un Collège unique, mais réparti là aussi en deux sous-collèges.

Chère T.I.N.A, « there is no alternative ». Nous sommes dans l’ère des idées reçues. Aucune imagination, aucun risque, aucune action. Rien. Vive l’Europe à la carte. Elle n’est en rien un symbole d’échec, mais d’adaptation d’un corps vivant à de nouvelles réalités. Avec ses deux cercles, l’Union sera plus forte. Pas moins forte.

Tweet about this on TwitterShare on Facebook0Share on Google+0Share on LinkedIn0
Author :
Print

Leave a Reply