Daniel Gueguen

Décidément le Président de la Commission est embarrassant. Embarrassant quand il commente. Embarrassant quand il ne décide pas. Et même embarrassant quand il décide. La nomination de Michel Barnier comme négociateur en chef du Brexit pour le compte de la Commission entre précisément dans cette dernière catégorie et à plus d’un titre.

D’abord sur le procédé. On sait qu’une intense bataille a récemment opposé le Conseil et la Commission sur le choix du négociateur en chef. Devait-il émaner des Etats membres ou de la Commission ? A la Commission de nombreux appétits s’étaient fait jour pour obtenir ce poste majeur au motif de l’intérêt général communautaire bien soutenu par diverses ambitions personnelles. Mais les Etats membres – semble-t-il unanimes – en ont décidé autrement désignant pour le poste « au nom de l’Union européenne » le jeune, brillant, très qualifié et très multilingue Didier Seeuws, un haut fonctionnaire belge émanation du Conseil des Ministres.

Au regard de la psychologie actuelle de la Commission qui devient de plus en plus un centre de pouvoir à son propre bénéfice, un tel affront devait être lavé, d’où la nomination de Michel Barnier – un homme certes respectable – mais qui constitue en l’occurrence une parfaite erreur de casting.

Né en 1951, Michel Barnier a exercé de 1973 à 2014 une série ininterrompue de mandats politiques locaux, nationaux et européens : député, ministre, commissaire. Ce n’est pas que Michel Barnier ignore le labyrinthe communautaire, mais pourquoi confier à un retraité, mono-lingue une telle responsabilité ? N’y a-t-il au sein des services de la Commission aucun quadra ou quinquagénaire brillant et polyglotte pour occuper le poste ? Et pourquoi justement choisir Monsieur Barnier dont les deux dernières candidatures ont été des échecs. Mollement candidat à la candidature pour le Président de la Commission au sein du PPE au printemps 2015, il est durement battu par Jean-Claude Junker. Mollement candidat interne de l’UMP pour la Présidence de la Région Rhône-Alpes fin 2015, il est sèchement battu par Laurent Wauquiez.

La nomination de M. Barnier constitue, enfin, la négation de l’esprit « Better regulation » que le premier vice-Président de la Commission Frans Timmermans tente d’imposer. Faut-il maintenir ce réservoir de conseillers spéciaux du Président à mes yeux inutile et d’où est issu Michel Barnier ? Peut-on confier à un retraité un poste de directeur général de la Commission (car tel sera son statut) avec toutes les questions qui immédiatement se posent en termes d’organisation des services de la Commission, de périmètre des compétences avec Didier Seeuws, de possible guerre inter-institutionnelle, sans même parler des inévitables interrogations sur le possible cumul des revenus pour un retraité devenu haut-fonctionnaire de la Commission européenne avec, j’imagine, tous les avantages liés à la fonction.

Un mois après le vote britannique, telle est la seule décision adoptée par la Commission. Rien d’autre. Il y a de quoi être de (très) mauvaise humeur !

 

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Comments

  1. We beg to differ on all these vindicative assertions :

    – confier le pilotage de la négociation UE/UK à un fonctionnaire du Conseil (même belge et polyglotte …) serait s’en remettre entièrement au lobbying (d’ailleurs disparate) des États membres et – à travers eux – des intérêts publics et privés nationaux, au détriment de l’intérêt général européen,

    – même si l’article 50 TUE donne à cette négociation un caractère intergouvernemental, il est essentiel que la Commission y joue un rôle central d’expertise et de protection des intérêts supérieurs européens – sous le contrôle démocratique du PE,

    – l’appréciation négative et dérogatoire de la personnalité de M.Barnier est hors de propos et surtout erronée au vu de son rang, de son expérience, de son indépendance et de son engagement pro-européen,

    – le choix d’une personnalité de l’envergure de M.Barnier indique que la Commission prend très au sérieux cette négociation d’une importance politique et économique cruciale pour l’Union; le fait que M.Barnier ne soit guère apprécié des groupes de pression – notamment dans le secteur bancaire – devrait plutôt jouer en sa faveur.

    La contribution de M.Gueguen – sans doute postée hâtivement sous l’effet d’une irritation personnelle – gagnerait à être retirée ou du moins modérée par son auteur. JGGiraud

  2. Au contraire, l’article de Gueguen est argumenté et fondé sur des faits.

    En ce qui concerne les partis pris tout le monde en a, y compris vous.

    Vous partez de l’hypothèse que la commission est garante de l’intérêt européen en omettant les aspects technocratiques critiqués par Gueguen de longue date. Voir sa critique de Barnier comme une irritation passagère c’est oublier sur quoi il se fonde… que l’on partage où pas sa position…

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