Daniel Gueguen

Comme chacun sait, le Parlement européen n’est pas un vrai Parlement. Il n’est pas législateur, mais co-législateur. Et ne dispose pas du pouvoir d’initiative législative qui appartient à la Commission. Cette anomalie à corriger au plus vite justifierait une action résolue du Parlement qui résigné au statu quo, s’en désintéresse et se disperse.

Le « cas Martin Schulz » symbole d’une Europe sans boussole

Aux dire de la presse et des observateurs M. Schulz ambitionne un troisième mandat que rien ne justifie. Il distribue à tout va honneurs et fonctions pour y parvenir, limitant encore le peu d’espaces de dialogue au sein du Parlement version 2016. S’il échoue dans cette ambition « on » le voit Président de la Commission dans une phase post-Junker jugée prochaine par beaucoup, ou Président du SPD allemand. Est-ce exact ? Il laisse dire ! Ces trois fonctions sont-elles compatibles pour une même personnalité ? J’en n’en crois rien.

Dans le même esprit, voici M. Verhofstadt nommé négociateur du Parlement pour le Brexit alors que l’Institution leader sera ici le Conseil européen. Le Parlement – certes informé de l’état des négociations – verra son rôle limité à l’expression d’un « consentement » à l’issue des négociations dont il ne fera pas partie.

Tout ceci d’emblée crée une confusion, montrant de la politique, ce qu’elle a de pire, le pouvoir pour le pouvoir.

Comme un refus de se confronter aux vrais problèmes

Plus le Parlement européen voit ses effectifs augmenter (on parle aujourd’hui de 9.000 personnes, députés compris !), plus chacun dans les couloirs de l’Institution semble débordé par l’importance de sa tâche. Pourtant la performance n’est pas au rendez-vous ! La généralisation des trilogues soutenue par le Parlement conduit à une basse qualité législative. Pire, le Parlement cautionne l’opacité de ces nouvelles pratiques en interdisant l’accès public aux documents 4 colonnes et aux séances des trilogues. Et il accepte avec fatalité la disparition des débats législatifs en session plénière. On note une tendance nouvelle du Parlement à utiliser son droit de véto pour les actes délégués, ce qui est positif quoique rare, mais sans que pour autant le Parlement donne le sentiment de maîtriser la législation secondaire pourtant essentielle à l’équilibre législatif.

Les grands débats européens sont certes évoqués au Parlement et discutés, mais sans que l’on sente véritablement de grip au niveau de la décision. Immigration, sécurité, terrorisme, chaque institution se renvoie la balle. Et il n’est dans l’hémicycle plus aucun leader pour donner le cap et suggérer les contours de l’Union européenne de demain. Il devrait appartenir au Parlement de donner au Brexit un contenu positif et de transformer une menace en opportunité.

L’art de donner l’image d’une Institution « touche à tout »

La récente décision du Parlement d’acquérir le Musée Wiertz sonne comme un très mauvais signal d’une Institution qui se réfugie dans le détail, sans expliquer le pourquoi de ses décisions. Voici un an, la rénovation complète des locaux du Parlement européen à Bruxelles était évoquée. Aujourd’hui on n’en parle plus comme si cette information était devenue confidentielle, voire secrète car de nature à être exploitée à son avantage par la Ville de Strasbourg, laquelle d’ailleurs va redéployer sa campagne pour une revitalisation de l’Europe politique au détriment de l’Europe bureaucratique aujourd’hui omniprésente. Il y a urgence à agir !

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