Daniel Gueguen

Pour une interview à paraître dans le magazine « Lobby », le célèbre financier belge Pierre Lagrange déclare, ce qui paraît étonnant de la part d’un financier :

« J’aurais voté pour le Brexit parce qu’il il y a une rigidité dans le système européen qui freine l’esprit d’entreprise en Grande-Bretagne. Bref, je suis content du résultat même si je reconnais que les gens ont voté pour d’autres raisons et que ce sont de mauvaises raisons. De toute façon, je n’ai pas peur car les liens avec l’Europe, quoi qu’il arrive, subsisteront ».

« Lobby » s’est tourné vers Daniel Guéguen pour connaître sa réaction, reproduite ci-dessous.

 

OUI, LE BREXIT EST UNE OPPORTUNITÉ

 

Comme Pierre Lagrange je pense que le Brexit est une opportunité. Mais pas pour les mêmes raisons!
Le Royaume-Uni – pays dynamique, entrepreneur, orienté vers le libre-échange – souffre mille morts de la bureaucratie bruxelloise. Il n’est plus aucune vision politique, plus de leadership (Juncker aux abonnés absents), il n’est que des règlements techniques. Les fonctionnaires européens et surtout les petits fonctionnaires européens ont pris le pouvoir.
Leur folie réglementaire est d’autant plus critiquable qu’ils vivent dans le passé. Pour eux l’objectivité de la science n’existe pas. Ils sont donc contre les OGM, contre les produits phytopharmaceutiques, contre les nouveaux aliments, … Ils sont les défenseurs d’un principe de précaution excessif et qui stérilise toute adaptation à l’économie du XXIe siècle.
Les Britanniques sont en colère et souhaiteraient voir adopter une approche plus américaine pour l’agriculture, l’alimentation, les nouvelles technologies, les services financiers…
Ils veulent donc quitter l’Union, dit M. Lagrange. Mais depuis le 23 juin, date du référendum, je suis persuadé et chaque jour davantage que le Royaume-Uni ne quittera pas l’Union. D’abord parce que personne n’y a intérêt, mais surtout parce que les milliers de règlements techniques dont je faisais état constituent un corset dont on ne peut se défaire.
Le Royaume-Uni est comme un géant, un Gulliver, maintenu prisonnier par autant de Lilliputs que sont tous ces règlements techniques. J’en suis convaincu : un petit pays peut quitter l’UE ou même quitter l’Euro; un grand pays ne le peut pas !
Mais à tout problème, il est une solution. Les Britanniques comme les Scandinaves, comme de nombreux pays de l’Est ne sont intéressés que par le volet économique de l’Union. Ils ne veulent ni d’une monnaie unique, ni d’une intégration politique, ni d’une défense commune.
Alors écoutons-les et saisissons grâce au Brexit cette chance unique de créer enfin l’Europe des deux cercles : dans le premier cercle, les pays de l’Euro qui doivent s’intégrer davantage s’ils ne veulent connaître une disparition programmée de la monnaie unique. Dans le second cercle les pays qui souhaitent limiter leurs exigences européennes à la compatibilité, à la croissance et à l’emploi.
C’est faisable avec des Institutions adaptées à ces deux niveaux de compétence. C’est faisable et même assez facile. Mais qu’attendons-nous ?
Madame Merkel, Monsieur Hollande, Monsieur Juncker, préférez-vous couler tous ensemble ou voulez-vous nous sauver tous ? Si vous n’agissez pas rapidement, vous serez responsable devant l’Histoire.

 

Daniel Guéguen

Professeur au Collège d’Europe

Président de PACT European Affairs
 

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