Daniel Gueguen

Qui connait Antoine Wiertz ? Pour l’honnête citoyen européen l’art belge fin-de-siècle se résume à trois noms : Ensor, Rops et Khnopff. Wiertz connais pas ! Et c’est bien dommage car Wiertz est le précurseur de l’art symboliste, période mystérieuse et féconde ayant compté dans ses rangs des noms aussi prestigieux que Odilon Redon, Munch, Böcklin, von Stuck, Whistler, … L’atelier du peintre transformé en Musée dans la rue du même nom évoque aussi pour les amateurs, la grande période du quartier Léopold où nichaient plus de 30 ateliers d’artistes dans les années 1885-1914.
Ces ateliers ont été grignotés l’un après l’autre par l’immobilier du quartier européen. Seuls le Musée Wiertz et l’atelier de Marcel Hastir rue du Commerce ont échappé à la destruction, mais voici qu’en ce début d’année s’annonce une mainmise du Parlement européen sur le Musée Wiertz.
Intégrer l’art à une culture européenne ou utiliser des espaces par opportunisme cynique ?

Soyons honnêtes, combien de visiteurs annuels au Musée Wiertz ? Très peu, malgré l’importance de l’artiste et la beauté impressionnante du lieu, car les pouvoirs publics belges ignorent leur art national. Ils n’en éprouvent aucune fierté, ne le promeuvent pas ou mal et laissent pleuvoir dans leurs musées. Dès lors, pourquoi se gêner ?
C’est ce qu’ont dû se dire certaines hautes autorités du Parlement européen qui laissant l’atelier et les œuvres de Wiertz vivre leur pauvre destin, s’emparent de l’habitation adjacente via un bail de 50 ans pour un prix de 1 €, rénovation à leur charge. La question qui se pose est : pourquoi cet achat ? Créer une synergie entre l’atelier et l’habitation ? Réactiver l’attrait de l’atelier par une nouvelle affectation de l’habitation ? Créer dans l’habitation un espace « culture » à dimension européenne ? A vrai dire on ne sait pas car l’opération semble s’être faite dans le plus grand secret. Plusieurs élus de la Commune d’Ixelles contactés par nos soins n’en étaient pas informés et pas informés non plus les dirigeants des Musées nationaux. Cette absence de transparence donne cours à de noirs soupçons.
Trouver de nouvelles surfaces, de nouveaux espaces, de nouveaux lieux semble être un leitmotiv pour le Parlement européen, comme si son manque de performance actuel justifiait paradoxalement plus de personnel et davantage de bureaux. Ou y aurait-il derrière cette décision le souci de trouver des solutions immobilières de remplacement quand démarrera la rénovation voire la reconstruction de l’hémicycle et des locaux annexes du Parlement européen à Bruxelles dont l’obsolescence a été officiellement reconnue. Là aussi quelle opacité, quel mépris du citoyen.
Qu’en pense la Ville de Strasbourg qui de son côté se prépare à héberger provisoirement ou définitivement les services du Parlement européen qui seront affectés par le grand chantier de restauration à Bruxelles ?
Décidément, plus on parle de transparence et plus on crée de confusion, de méfiance, d’arrières pensées à un moment où seule une éthique affirmée permettra d’arrêter la marche en arrière de l’Union. Quoiqu’il en soit et très ponctuellement, je vous suggère de signer la pétition ci-jointe contre le démantèlement du Musée Wiertz. Quel beau cadeau de début d’année ce serait, si le Parlement européen saisissait cette occasion unique de financer sur son énorme budget (1,8 milliard d’Euros) un espace de prestige « pour tous » associant la culture européenne, l’institution démocratique qu’est le Parlement et la vie d’un quartier en demande de reconnaissance.

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