Daniel Gueguen

Diverses têtes pensantes réfléchissent à une épineuse question : comment célébrer le 25 mars 2017 les 60 ans de la signature du Traité de Rome ? Si vous voulez mon avis, mieux vaudrait ne rien célébrer du tout. Je n’ai d’ailleurs aucune souvenance d’une quelconque célébration en 2007 pour les 50 ans du Traité. Mais voilà, la date est bloquée et diverses manifestations tentent de s’organiser Place du Luxembourg, au Rond-Point Schuman ou à plus haut niveau entre membres du Conseil européen.
Mais célébrer quoi ? Toute célébration ne peut qu’illustrer une dramatique rupture entre l’Europe autrefois agissante et l’Europe repoussoir d’aujourd’hui. Ce même sentiment de dégradation vaut pour les acteurs de l’Europe. Sans même évoquer les pères fondateurs, les Monnet, Schuman, Gasperi, Spaak, Hallstein, … ils font bien pâle figure les Juncker, Tusk, Mogherini, Tajani et consorts face aux Delors, Kinnock, Thorn, Mansholt, Monti, Lamy, …
Célébrer le 60ème anniversaire du Traité de Rome ne peut se concevoir qu’animé d’un sentiment de révolte contre tous ceux qui au niveau de l’UE et des Etats membres ont élargi au lieu d’approfondir et substitué l’intergouvernemental à la méthode communautaire et abandonné leur pouvoir politique à une bureaucratie de base. Oui, ce laxisme, cette imprévoyance, cette absence d’analyse appellent à la révolte.

Notre révolte doit être féconde
La révolte – si notre colère se limite à cela – conduit à l’euroscepticisme, au retour au national, bref à un recul définitif. Notre révolte doit être féconde et s’inscrire d’abord dans l’affirmation que notre avenir est européen. A l’heure des difficultés et de la surpuissance des grands blocs nous devons appeler à davantage d’Europe et nous opposer à tout recul.
Cette conviction partagée par beaucoup doit être épaulée par une série de mesures à court terme destinées à relancer la mécanique européenne et à redonner confiance aux européens déçus.
Désolé de le dire brutalement, mais la première des mesures à prendre d’urgence consiste à remplacer le Président de la Commission européenne, M. Juncker. Il n’est pas le seul à avoir échoué et n’est pas responsable de tout, mais il cristallise sur son nom et sur son absence d’action la faillite actuelle du projet européen. Démission ou censure du Parlement sont les deux outils à disposition. Il est urgent de revenir à une autorité européenne avec un chef qui oriente, dirige et délègue. Et non plus un chef dirigé en sous-mains par des fonctionnaires se substituant à l’autorité politique. Il en résulte une mainmise des Cabinets, du Secrétariat général, du Service juridique. Dans le Collège actuel, un nombre significatif de Commissaires aux personnalités brillantes, compétentes, expérimentées sont mis sous l’éteignoir par un système privilégiant les petits chefs et les bureaucrates. Cette situation ne saurait perdurer à l’heure où l’autorité est promue dans le monde entier – et sauf en Europe – comme un facteur clé de la bonne gouvernance.
Imposer d’urgence une autorité en cascade
A cette mesure d’évidence doivent être associées simultanément d’autres mesures de bon sens : imposer une autorité en cascade aux différents niveaux hiérarchiques, rompre avec l’autonomie de fait des directions générales, nommer à haut niveau « un simplificateur des procédures », mettre partout de la transparence. Très important aussi de rendre les agences type EFSA, EMA, ECHA réellement indépendantes de la Commission pour conférer à la science un rôle objectif dans les règlementations alimentaires et sanitaires. Et de tordre ainsi le cou à l’exploitation subjective de la science en fonction de ses intérêts propres, ce qui interdit toute relation de confiance entre les législateurs et les parties prenantes.
Il conviendrait aussi que Commissaires, fonctionnaires, Institutions intègrent dans leur vocabulaire le mot « communication » que même le « grand Jacques Delors » ignorait. Simplifier, expliquer, communiquer. Rendre l’Europe lisible, faciliter les débats, respecter les oppositions. Diffuser des documents clairs et vivants, bref faire de l’Union européenne une saga de chair, de muscles et de sang et non plus ce corps bureaucratique asexué.
Alors là, oui vraiment, j’irai marcher avec d’autres sur le Rond-Point Schuman ou la Place du Luxembourg. Sinon, je me réfugierai dans mon bureau avec en tête que 2017 rime aussi avec 1937 et le début du glissement vers l’abîme.

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