Daniel Gueguen

23 juin 2016 – 29 mars 2017 : 280 jours pour produire une lettre qui m’inspire une gamme de sentiments allant du sourire à l’incrédulité. Et me confirme – ce dont je n’ai jamais douté – que le Brexit n’aura pas lieu, en tout cas ni dans les délais ou les modalités envisagées.
Le Brexit ou comment « filer à l’anglaise », …

Cette expression qui se traduit en anglais par « to take the French leave » signifie « filer en douce », comme une anguille, en « stoemelings » dirait un Bruxellois. C’est le cas de ce texte hypocrite.
A sa lecture vient d’emblée une question : « Mais pourquoi les Anglais veulent-ils quitter l’Union ? » tant la notification de divorce (“Notification of Withdrawal”) déborde d’amour partagé et de preuves d’attachement : « Nous quittons l’Union européenne, mais nous ne quittons pas l’Europe » ; l’UE sera « notre plus proche voisin et ami après notre départ » ; nous voulons assurer «la continuité et la sécurité, en particulier pour les entreprises » ; « Nous devons travailler ensemble pour éviter les perturbations» ; « L’affaiblissement de notre coopération pour la prospérité et la protection de nos citoyens serait une grave erreur » !

Les seuls divorces qui se passent à peu près bien sont ceux inspirés par le respect mutuel. Dans la lettre de Mme May il n’y a aucune empathie. Ni pour les 3 millions de citoyens de l’Union vivant outre-Manche, ni pour les 2 millions de Britanniques vivant sur le continent. Rien n’est dit pour rassurer ces résidents inquiets.

Mme May note cependant « nous comprenons et respectons votre position quant à l’indivisibilité des quatre libertés du marché unique et quant à l’impossibilité d’une participation « à la carte »». Il en résulte que la politique d’immigration deviendra nationale. Et donc que la gestion des flux d’immigrants ne se fera plus à Calais, mais à Douvres. En arrivera-t-on à parler de la « Jungle de Douvres » comme on a parlé de la « Jungle de Calais » ? Tout ça pour ça, …

Nationaliser d’un coup l’acquis communautaire !

La première action du Royaume-Uni détaché de ses entraves européennes consistera, écrit Mme May à « convertir le corpus existant de droit de l’Union européenne (l’« acquis ») dans le droit britannique ». Ainsi la règlementation communautaire – cette bureaucratie honnie par les Brexiters – serait reprise dans le droit britannique au moins temporairement. Tout vide juridique étant écarté, le Royaume-Uni recréera au fil du temps son propre corpus législatif. A-t-on une idée de l’importance et de la difficulté du chantier ?
Ce n’est pas écrit, mais il est clair que le Royaume-Uni entend sortir du Tarif Douanier Commun pour proposer « un accord de libre-échange audacieux et ambitieux entre le Royaume-Uni et l’Union européenne ». Comme ça ? D’un seul coup ? En faisant fi des 10 ou 15 ans de négociations qu’un tel accord exige ?
Mais au fond ce n’est pas très grave précise Madame May car « si, cependant, nous quittons l’Union européenne sans un accord, la solution par défaut sera d’agir dans les termes prévus par l’Organisation Mondiale du Commerce », bref avec des droits de douane et autres contingents. La faisabilité d’un détachement au couteau – c’est à dire sans accord – entre le Royaume-Uni et l’UE n’est pas questionnée, ni d’ailleurs le temps requis pour bâtir un système respectant au minimum les règles de l’OMC des deux côtés de la Manche. Est-ce de la désinvolture ou prendre ses désirs pour des réalités?

L’accord nécessaire de la Chambre des Communes et de la Chambre des Lords, l’implication proactive de l’Ecosse, du Pays de Galles et de l’Irlande du Nord, la facture à payer à l’Union pour rupture unilatérale et anticipée d’accords conclus sont à peine évoqués ou alors comme fétus de paille.

La nécessité impérieuse d’un plan B pour éviter « du sang et des larmes »
A l’heure où les périls se concentrent, où l’incertitude et la menace règnent, où l’Union européenne se délite et commence à craindre pour sa survie n’y a-t-il rien de mieux à faire que de se couper un bras ? Ce qui importe est de proposer au Royaume-Uni un plan B auquel il puisse adhérer. Ce plan B a un nom, c’est l’Europe des deux cercles avec un centre d’inspiration fédérale, une circonférence dévolue au grand marché et des Institutions différenciées.

Certaines des idées présentées dans le Livre blanc sur l’avenir de l’Europe et notamment l’Union à plusieurs vitesses doivent être développées de manière à s’inscrire dans une Union à 28 et non à 27. C’est à nous de la proposer à Londres, non pour que le Royaume-Uni sauve la face, mais parce que c’est dans son intérêt et dans le nôtre.

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