Daniel Gueguen

Ce qui frappe d’abord dans le Brexit, un an après le référendum du 23 juin 2016, c’est la préparation des uns et l’impréparation des autres.

 

A Bruxelles, une préparation méthodique

Ayant dès fin août 2016 rencontré longuement des fonctionnaires de la task-force du Conseil européen chargée de préparer la sortie du Royaume-Uni, j’avais été frappé par leur extrême connaissance des méandres de l’article 50 et par la vision claire de la stratégie à mettre en œuvre.

A peine deux mois après le référendum, le découpage de la négociation en trois grands blocs était acquis au niveau du Conseil européen : d’abord les questions préalables (dédommagements financiers pour départ précipité, situation des résidents et frontière avec l’Irlande du Nord), puis le Traité de divorce entrainant séparation du Royaume-Uni des politiques européennes, enfin le statut du Royaume-Uni avec le Grand marché européen. Avec une ligne rouge : le maintien dans le marché unique et la réduction de la liberté de circulation des travailleurs sont incompatibles.

C’est sur ce socle que s’est organisé le choix des négociateurs, Didier Seeuws pour le Conseil, Guy Verhofstadt (Parlement) et Michel Barnier (Commission), ce dernier choisi dans une rare harmonie comme négociateur en chef. Structure de négociation mise en place et principes de négociation discutés en amont entre les 27 ont amené le Conseil européen et le Conseil des Ministres à enclencher la mécanique de séparation d’avec le Royaume-Uni. Le Conseil européen réuni le 29 avril 2017 adoptant ses orientations, le Conseil des Ministres fixant dans la foulée le mandat de négociation. Le tout sans débat et à l’unanimité.

 

A Londres, un étonnant – et persistant – amateurisme

A chacun de mes multiples voyages à Londres j’ai été fasciné par l’énergie entrepreneuriale et le professionnalisme de ce peuple. Avec une seule exception : le Brexit. La seule question qu’il faille ici se poser est : « comment est-ce possible ? ». Décision opportuniste d’organiser un référendum, campagne inconsistante de Cameron, festival de fake news non démenties, … Même l’assassinat de la Député Jo Cox supposé offrir aux Brexiters l’occasion de se ressaisir, n’y aura rien fait.

Le 24 juin au matin la stupéfaction est générale, mais le cauchemar se poursuit avec le choix d’une Première Ministre, précédemment anti-Brexit, puis devenue brexiter et même hard brexiter, opportunisme, ambition et ego aidant. Avec pour slogan le Global britain, comme une réminiscence de la Reine Victoria. Vous vous souvenez, « Britannia rules the waves ».

Donc une préparation bâclée, une absence d’experts et un manque de compréhension des modalités du fonctionnement de l’article 50. Un an après le vote, les seuls documents présentés par le Royaume-Uni aux négociateurs de l’UE se composent de la lettre déclenchant l’article 50 (lettre que j’ai qualifiée de « conte de Noël), d’un livre blanc de quelques pages et d’une déclaration minimaliste sur la possibilité pour les citoyens européens vivant au Royaume-Uni depuis plus de cinq ans, d’y demeurer.

Mais il y a pire car sans même parler de la défaite électorale de Mme May, des velléités d’indépendance de l’Ecosse et du retour de l’Irlande du Nord à une situation de grave instabilité, la position géopolitique du Royaume-Uni s’est gravement dégradée avec une économie déclinante, un projet de partenariat UK-US devenu illusoire et une Union européenne attractive avec des eurosceptiques en recul, des leaders pro-EU et un couple franco-allemand en plein renouveau. Bref, le Roi est nu et Londres totalement isolée.

 

Un grand pays ne peut pas quitter l’Union

La mécanique de l’article 50 et les orientations du Conseil européen prévoient deux grandes séquences outre les trois questions préalables précédemment évoquées : d’abord le Traité de divorce qui rompt le lien entre l’UE et le Royaume-Uni. En réalité à cet instant l’acquis communautaire devient la loi britannique que le pays va pouvoir modifier comme il le souhaite. Avec 8.000 règlements communautaires, imagine-t-on l’ampleur de la tâche ?

Il s’agit ensuite de régler les questions de libre-échange entre l’UE et le Royaume-Uni et sa relation avec le Grand Marché. Là encore la mission – pas encore entamée – est considérable : renégociation d’une centaine d’accords de libre-échange bi- et multilatéraux, puis négociation d’un accord commercial entre les 27 et Londres. Imagine-t-on ce que cela signifie ?

Plus que jamais je suis convaincu que le Brexit n’est pas la solution et qu’il n’aura pas lieu car personne n’y a un intérêt. Pour donner le change et éviter de perdre la face plusieurs habillages sont possibles et notamment l’Europe des deux cercles chère à M. Verhofstadt étonnamment silencieux ces derniers temps et dont on attend qu’il donne un contenu concret à ce concept prometteur quoiqu’encore virtuel.

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