Daniel Gueguen

C’est ce qu’affirme sans point d’interrogation le journal Le Monde dans son édition du 28 novembre quelques heures avant le vote positif des Etats membres. Le scandale selon Le Monde, serait un éventuel passage en force de la Commission faute de majorité qualifiée au Comité d’appel : « Cette option serait politiquement délicate, puisqu’elle passerait outre non seulement à la majorité qualifiée nécessaire et à la résolution du Parlement européen, mais aussi à l’initiative citoyenne européenne – une procédure encadrée par les Instances de l’Union – demandant une sortie du glyphosate et qui a rassemblé, en quelques mois, plus de 1 million de signatures. »

 

Le Parlement étant dénué de tout pouvoir pour l’adoption du règlement sur le glyphosate, sa résolution est non contraignante. Il en est de même de l’Initiative citoyenne, pour respectable qu’elle soit. Même si la tendance actuelle de gouverner par les sondages est aussi forte que déplorable, seule compte le respect de la procédure pour l’adoption des lois et règlements communautaires. Tel fut le cas pour le glyphosate. Il n’est donc aucun scandale, ni de près, ni de loin, mais néanmoins deux questions se posent.

 

Résoudre d’urgence la question des agences

 

La « bataille du glyphosate » a fait deux victimes : l’EFSA (L’Agence Européenne pour la Sécurité des Aliments) et l’ECHA (L’Agence Européenne des Produits Chimiques). Ayant toutes deux affirmé le caractère non cancérigène du glyphosate, elles ont été accusées de recopier « des dizaines de pages fournies par Monsanto », sans que personne ne vienne les défendre et surtout pas les deux Commissaires de tutelle, M. Andriukatis pour l’EFSA et Mme Bienkowska pour l’ECHA.

 

Cet abandon des agences par la haute hiérarchie de la Commission a largement compliqué la situation. Et il importe de mettre rapidement un terme à l’ambiguïté actuelle. De deux choses l’une, ou la Commission fait confiance à ses agences et elle les soutient. Ou la Commission n’a pas confiance en ses agences et elle les réforme, voire les supprime. Il ne saurait avoir ni d’autre alternative, ni de statu quo.

 

Amener la sphère agricole à reconsidérer ses stratégies de lobbying

 

Elu à l’unanimité secrétaire général du COPA en 1994 pour un programme de réforme majeur et l’ayant quitté en 1996 faute d’y parvenir, je dois constater que la situation ne s’est pas améliorée 20 ans plus tard. Les hommes ne sont pas en cause, mais les structures, la logistique et la stratégie ne se sont pas adaptées à une Union Européenne plus complexe, plus technique, plus opaque, plus diverse, plus contestée que jamais et dont les mouvements activistes captent à leur profit – celui d’une déconstruction de l’Union Européenne – les inquiétudes légitimes de nombreux citoyens.

 

Le lobbying classique auquel les associations professionnelles représentatives sont habituées est devenu obsolète et donc inefficace. Avec la généralisation des trilogues d’un côté et la multiplication des actes délégués ou d’exécution, le niveau hiérarchique de décision s’est considérablement abaissé. La complexité croissante des dossiers exige une compréhension technique parfaite accompagnée d’une capacité à communiquer avec pédagogie sur les réseaux sociaux. Autrefois standardisé, le lobbying requiert une action au cas par cas exigeant des compétences nouvelles et pluri-disciplinaires.

 

Les leaders agricoles en sont tellement conscients que chaque organisation sectorielle, voire chaque association nationale agit dans son coin en dispersant les forces et les ressources. N’oublions jamais que le lobbying moderne c’est « je concentre toute mes forces sur une priorité ».

 

Si une réflexion approfondie sur les vecteurs d’influence du monde agricole n’intervient pas rapidement et si l’on ne veut pas comprendre que le lobbying est devenu une gestion projet par projet, les mauvaises nouvelles continueront à s’accumuler avec de nouvelles réductions budgétaires, de nouveaux accords de libre-échange désastreux et une interdiction systématique de toutes techniques génétiques ou phyto-pharmaceutiques.

 

 

Daniel Guéguen

 

 

 

Tweet about this on TwitterShare on Facebook0Share on Google+0Share on LinkedIn31
Author :
Print

Leave a Reply