Daniel Gueguen

Dans notre histoire communautaire seules deux initiatives ont créé un lien direct entre l’UE et les citoyens : le programme Erasmus et la désignation annuelle d’une Capitale européenne de la culture.

Le Journal des Arts nous apprend que « les cinq candidatures britanniques pour être la capitale culturelle 2023 ont été éliminées pour cause de sortie de l’Europe. » « Cela nous a fait l’effet d’une bombe » a déclaré l’équipe de candidature de Dundee, relayée par celles de Leeds, Nottingham, Milton Keynes et Belfast.

A ce traumatisme Martine Reicherts, directrice générale de la DG Culture répond : « Les candidatures ne sont pas ouvertes aux pays tiers, sauf aux pays candidats et aux pays de l’Espace Economique Européen (EEE) ou de l’Association Européenne de Libre Echange (AELE) ». Stavanger en Norvège, Reykjavik (Islande), Istanbul (Turquie) ont été sélectionnées car répondant à ces critères, mais visiblement pas nos cinq candidates.

Dans une lettre à Jean-Claude Juncker, les autorités britanniques considèrent « inexplicable que l’UE ait attendu le dépôt des candidatures du Royaume-Uni pour les rendre inéligibles alors que Bruxelles connaissait le résultat du referendum pro-BREXIT depuis le mois de juin 2016 ».

De l’inconscience des uns aux appétits des autres, …

L’anecdote est amusante car elle révèle l’inconséquence des britanniques qui, sans se poser la moindre question, candidatent au lendemain du referendum pour accueillir en 2023 la ville européenne de la culture. Mais plus étonnante encore la réponse de Mme Riecherts, une fonctionnaire très expérimentée proche de Jean-Claude Juncker. Selon elle en 2023 le Royaume-Uni n’est qu’un pays tiers, ni membre de l’AELE, ni membre de l’EEE. Au niveau des 27 – un peu dans le même esprit – c’est à qui tirera avantage du déménagement des agences et du déclin programmé de la place financière de Londres.

Dans le même temps les autorités britanniques veulent « le beurre et l’argent du beurre » espérant atteindre une sorte de Graal où ils bénéficieraient d’un plein accès au marché communautaire tout en modelant leur fiscalité pour booster leur attractivité, en s’exonérant de la libre circulation des travailleurs et en conservant leur passeport financier européen.

Un plan B pour permettre à chacun de sauver la face

Si ces tendances rapidement esquissées venaient à se poursuivre, la séparation UE-UK deviendrait une rupture et c’est exactement ce qu’il faut éviter. Au Royaume-Uni la confusion règne et les pseudo-accords intervenus pour entamer les négociations commerciales ne sont qu’illusions. Le Parlement britannique conscient de voir un gouvernement à la dérive vient de reprendre la main en obtenant un droit de veto sur le paquet final.

A Bruxelles nos négociateurs tout élégants et gentlemen qu’ils soient, n’en sont pas moins décidés, avec le plein soutien des 27, à maintenir l’église au centre du village en refusant tout détricotage de l’acquis communautaire et toute concession injustifiée au Royaume-Uni.

Il va arriver un moment où le réveil va être dur et où le Royaume-Uni, ses dirigeants, ses citoyens vont perdre la face, prenant conscience de l’illusion d’un accord favorable à leurs intérêts car le Brexit est un dossier perdant-perdant. Il devient dès lors nécessaire d’envisager sans tarder l’éventualité d’un échec et les solutions alternatives qui seraient proposées aux Royaume-Uni soit pour rester dans l’Union comme membre plein ou comme composante d’un second cercle dont il est urgent qu’un groupe de juristes inter-institutionnel en définisse les contours avant qu’il ne soit trop tard.

 

Daniel Guéguen

 

 

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