Daniel Gueguen

Peut-on quand on est un haut fonctionnaire postuler à toutes les fonctions ? Ou chaque fonction exige-t-elle des qualités spécifiques ? L’actualité récente nous offre maints exemples frappants.

The best case : Martin Schulz

Elu pour un second mandat de 2,5 ans, M. Schulz se déclare candidat à la Présidence de la Commission et se voit désigné Spitzenkandidat pour le S&D. Battu, Martin Schulz revient à ses amours parlementaires et entreprend un lobby actif pour être prolongé au-delà de 5 ans contrairement à toutes les pratiques du PE en la matière. L’affaire ayant échoué M. Schulz se repositionne sur la scène allemande comme Président du SPD et candidat Chancelier. On connait la suite, M. Schulz décrédibilisé n’est plus qu’un simple parlementaire allemand.

Qu’importe ici la stratégie et la morale, mais peut-on réellement prétendre être « the right person » pour un ensemble de fonctions exigeant des capacités différentes : les unes plus diplomatiques, les autres plus opérationnelles ; certaines nationales, d’autres internationales, …

Jean-Claude Juncker : l’erreur de casting par excellence

Désigné lui aussi Spitzenkandidat pour le PPE, M. Juncker qui ambitionne le poste de Président du Conseil européen – fonction pour laquelle il était sans doute mieux armé, se retrouve Président de la Commission poste auquel il n’aspirait pas et auquel il ne convient pas.

La rotation des postes de fonctionnaires tous les 5 ans, une fausse bonne idée

Peut-on un jour être chef de l’unité cosmétiques et le lendemain chef de la politique spatiale ? Ces grands écarts entre des fonctions techniquement à l’opposé contribuent à transformer les cadres supérieurs de la Commission en managers, gestionnaires de ressources humaines et de budgets. Il en résulte un glissement de l’expertise vers la partie basse de la hiérarchie – les desk officers – contribuant à bureaucratiser la Commission organe d’impulsion et d’initiative aux termes des Traités.

Pire, cette mauvaise règle souffre d’exceptions qui la décrédibilisent encore davantage. Pourquoi Jean-Luc Demarty nommé Directeur général de la DG TRADE en 2011 vient-il d’être reconduit dans ses fonctions alors même qu’il a dépassé l’âge de la retraite ? A cause du Mercosur ? Ou parce qu’actuellement chaque dossier géré par la Commission l’est de manière ad hoc, au cas par cas, comme ça arrange ?

Monsieur Selmayr : le spoil system à l’envers

Je ne connais pas M. Selmayr et n’ai jamais eu affaire à lui, mais enfin cette mutation surprise de Chef de Cabinet du Président Juncker à Secrétaire général de la Commission n’est-elle pas la démonstration de ce qui précède. Les deux fonctions sont-elles de même nature, exigent-elles les mêmes qualités ? Certes, non. Mais il y a pire. Tandis que la tradition américaine voit 4.000 hauts fonctionnaires abandonner leurs fonctions à chaque changement de Président (le spoil system), on voit ici un Président en fin de mandat, imposer à son successeur le nouveau titulaire du poste si stratégique qu’est le secrétaire général de la Commission. Vraiment le monde à l’envers.

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