Daniel Gueguen

Sur les 10 dernières années, trois ruptures ont affecté les capacités d’influence des lobbyistes à Bruxelles :

 

  • La première au carrefour 2010 trouve son origine dans le Traité de Lisbonne et les accords inter-institutionnels connexes : création des actes délégués, complexité redoutable des actes d’exécution, généralisation des trilogues en première lecture. Il en résulte un labyrinthe communautaire d’une rare opacité, bourré d’exceptions et de dérogations. La première règle de l’influence consiste à maîtriser ce labyrinthe faute de quoi on est paralysé dans le processus de décision communautaire. Et donc inopérant.
  • La deuxième rupture tient à la communication. Là encore tout a changé. Avec un premier principe : plus le dossier est complexe, plus il faut le communiquer avec simplicité. Plus on veut rendre simple un dossier complexe, plus il faut y consacrer du temps et plus il faut considérer la communication (au sens de « je me fais comprendre ») comme un outil essentiel. La maîtrise des réseaux sociaux et la capacité d’individualiser les messages, de les personnaliser est clé. Et à ce niveau l’industrie souffre d’une grande faiblesse comparée aux ONG.
  • La troisième rupture est plus récente. Elle tient probablement à la disparition de la nature collégiale de la Commission et à des Institutions plus concernées par leurs propres pouvoirs que par le fonctionnement harmonieux de la chaîne législative. De plus en plus, la question se pose « mais qui décide ? ». Cette question vaut dans les trois étapes de l’action communautaire : la proposition, l’adoption, l’exécution, mais elle se pose plus fortement dans les phases amont. Comment influencer le législateur avant la rédaction du projet législatif et règlementaire ?

Le rapprochement entre EPPA et PACT s’est initié par une identification et une compréhension commune de ces trois ruptures. Rapidement il s’est cristallisé par une analyse commune de leurs conséquences sur les affaires publiques européennes.

Comment rester influent si on n’adapte pas ses compétences aux nouveaux processus décisionnels, si on n’y forme pas ses collaborateurs ou ses membres ? Comment peser sur les orientations législatives ou règlementaires si on communique « à l’ancienne » sans maîtrise des réseaux sociaux, sans compréhension de la force de l’image au détriment du long discours? Comment, enfin, anticiper l’action et ne plus arriver chez le consultant quand c’est trop tard !

Clairement chez PACT nous avions une faiblesse dans l’influence en amont, dans la capacité à approcher les autorités dans leur phase de réflexion. Nous étions plutôt des lobbyistes de l’aval, de la législation secondaire de la comitologie. Avec la fusion PACT-EPPA nous rejoignons une structure avec laquelle nous pouvons opérer efficacement à toutes les étapes des processus de décision. L’alliance renforce aussi les possibilités d’action en communication, réseaux sociaux, relations media et relations dans les Etats membres.

EPPA étant déjà l’une des plus importantes consultances à Bruxelles et PACT une entité plus petite mais très reconnue dans ses niches de comitologie et de communication, nous formons désormais un bloc homogène autour des mêmes valeurs pro-européennes, des mêmes stratégies d’indépendance et des mêmes cultures académiques et intellectuelles. Le dernier mot peut sembler prétentieux, mais il ne l’est pas car, définitivement, les affaires publiques européennes sont devenues un métier de haute sophistication.

C’est au regard de tout cela que nous relançons l’aventure du European Training Institute car les mutations et les bouleversements gigantesques que l’Union vivra dans la prochaine décennie exigeront plus que jamais de se former pour être un acteur et non un spectateur.

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