Daniel Gueguen

L’ours dort profondément dans sa tanière. Le Parlement vit son « recess » par anticipation. La Commission attend son futur Collège. Les Etats membres sont auto-centrés. Ailleurs, tout bouge. Ici rien ne bouge.

 

Brexit. Quand les choses nous dépassent feignons d’en être les instigateurs !

Personne n’a de contrôle sur ce dossier. Ni à Londres, ni à Bruxelles. Tout peut arriver et surtout le pire, juste au moment où l’erreur économique du Brexit pour les anglais et le continent commence à s’imposer. Les négociations ont été bien menées par les équipes de Michel Barnier et les lignes rouges bien posées par le Conseil Européen. Mais rien n’est réglé et l’on peut tout craindre des manœuvres électorales au UK. Mais aussi parce que l’étroitesse des liens législatifs, règlementaires et commerciaux entre le Royaume-Uni et l’Union exclut en pratique toute séparation « propre ».

Je l’ai souvent écrit : un grand pays ne peut pas quitter l’Union. Un grand pays ne peut pas quitter l’Euro. Mais la sortie du Royaume-Uni de l’Union n’est pas à exclure. Toutes les autres options se heurtent au calendrier des élections européennes. Elargissement de la période des 2 ans fixée par l’article 50, nouvelles élections, referendum, … aucune de ces options ne convient à moins de 5 mois du scrutin européen.

Eviter au Royaume-Uni de perdre la face.

C’est le moment pour les européens de faire une déclaration d’amour au Royaume-Uni. D’exprimer un soutien massif à leur maintien dans l’Union et de leur garantir une refondation de l’UE aujourd’hui paralysée par trop de pays, trop de Commissaires, trop de bureaucratie.

Une des options de repli, on le sait est l’organisation d’une Europe à deux cercles : un centre fédéral pour les pays de l’Eurozone et un cercle commercial pour les pays plus soucieux de compétitivité que d’approfondissement. Qu’attend-t-on pour donner corps à ce projet. M. Juncker ou M. Tusk ne cautionnez plus une Europe sur la défensive, lancez ce processus. Et pourquoi ne pas en confier l’étude technique à celui de vos collaborateurs qui a si bien secondé Michel Barnier, je veux dire Didier Seeuws.

Ce besoin impératif d’apporter des changements majeurs à la gouvernance de l’Union vaut aussi pour les élections européennes. Est-t-on bien sûr que les « populistes », les « eurosceptiques », sont des anti-européens ? N’est-il pas parmi eux une frange importante de pro-européens insatisfaits ? Des critical europhiles. Tout comme pour le Brexit ce sont des catégories à reconquérir.

Brexit, gilets jaunes : détruite l’Union ou la reconstruire

L’un des principaux reproches que l’on peut adresser à l’Union est qu’elle est tournée vers le passé. Le reste du monde est à l’offensive et nous sommes sur la défensive. Dans le domaine de la concurrence (voir le dossier Alstom-Siemens), dans celui des négociations commerciales (notre manque d’autorité face à l’administration Bush) ou notre mollesse dans relations internationales (avec l’Iran, entre autres).

Les mouvements contre l’Union se multiplient : les gilets jaunes en sont une expression ; comme le Brexit bien sûr. Et aussi tous ces candidats anti-système aux élections européennes. Mais ce n’est pas tout. Partout dans le monde se créent des mouvements de contestations contre l’ultra-libéraliste et le centralisme : Extension rebellion et Rebel for life au UK, Green new deal aux USA.

Il veulent détruire l’Union. Le but est justement de la reconstruire. Le statu quo n’est pas une option.

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