Daniel Gueguen

A l’issue de deux séminaires sur le Brexit organisés par le Queens College en janvier 2018 et la Oxford Martin School en octobre 2019 on s’attend à recevoir plus de réponses que de questions. Ce ne fût pas le cas !

Au Queens, en janvier 2018 les négociations en sont dans leur première phase. Le titre « The facts facing the UK’s Future » donne le ton. On s’interroge. Avec un public très « City of London » rassuré par les propos apaisants de Karel Lanoo, directeur du CEPS, sur l’avenir post-Brexit du secteur financier britannique. En octobre 2019, le séminaire de la Oxford Martin School se déroule 27 jours avant la sortie « do or die » du Royaume-Uni de l’UE. Et le climat n’est plus le même.

L’impréparation des dirigeants britanniques face au Brexit

Au Queens, c’était déjà frappant. L’approximation régnait dans les interventions. A la Martin School, c’était pire. Un des premiers orateurs était Sir Vince Cable qui voici un an présidait le Goupe des Lib Dem à Westminster. Son thème : « Is there a way out of the Brexit Maze ? ». Il était stupéfiant de voir à quelques jours de l’échéance cet important leader politique mélanger dans une confusion intellectuelle totale : customs unions, free trade agreement et norvégien model !

A la grande indignation de Guntram Wolff, le directeur du think-tank Bruegel, plusieurs intervenants plaidaient pour le modèle norvégien à condition que la liberté de circulation des travailleurs ne s’applique pas au Royaume-Uni ! D’autres estimaient que seule une médiation permettrait se sortir du chaos et suggéraient pour ce faire le nom de Barack Obama ! En toile de fond de tous ces discours, la responsabilité de l’UE dans le Brexit était soulignée.

Comme on sait, un accord sur le Brexit est intervenu entre le Premier Ministre Boris Johnson et le Conseil Européen le 27 octobre, assorti quelques jours plus tard d’une extension de la période de négociations au 31 janvier 2020.

L’horrible accord du 27 octobre, …
Le psychodrame des derniers mois confirme que le No deal n’a jamais une option crédible. Une menace, oui, une option crédible, non. Et ce bien que les conséquences d’un Brexit soft ou hard aient été de mon avis largement sous-estimées.

L’accord du 27 octobre est un mauvais accord et même un très mauvais accord. En quelques lignes, le Royaume-Uni quitte l’option Union douanière (qui a prévalu les deux années précédentes) pour basculer vers la signature d’accords de libre-échange UK-UE, UK-USA, UK-China, …

Le Conseil européen sans doute lassé de tant d’atermoiements, de retard, de complications, d’impréparations a – passez-moi l’expression – lâché l’affaire comme s’il fallait « faire une fin » et être quitte de ce dossier empoisonné.

La France – par l’entremise de son Président Emmanuel Macron – a joué ici un mauvais rôle. Tous les acteurs de cette phase finale : négociateurs et ambassadeurs le confirment. Curieux paradoxe pour un pro-européen convaincu.

Un no deal qui ne dit pas son nom !

La période de transition – qui se terminera au plus tard le 31 décembre 2022 – est jugée par les britanniques comme une opportunité. C’est tout le contraire. L’UK n’aura ni Commissaire, ni MEP, ni fonctionnaires à la Commission. Ils devront verser leur contribution au budget, payer le reste dû à l’Union, appliquer les nouveaux règlements votés par l’UE et ne signer aucun accord de libre-échange.

Les problèmes à régler sont innombrables. Les plus difficiles seront la signature des accords de libre-échange bilatéraux entre le Royaume-Uni et le reste du monde. Déjà Michel Barnier en a montré les limites : « avec l’UE, ce sera no quota, no tarif, no dumping ». C’est-à-dire un accord non seulement très contraignant, mais qui devra recevoir l’accord unanime des 27 et pour la Belgique de ses régions. Bref, une mission impossible en 2 ans. Idem pour les USA. Le Président Trump qui promettait un accord de libre-échange global signé quasi instantanément déjà se rétracte.

Si cet accord du 27 octobre devait entrer en vigueur, le chaos attendu par un No deal s’étendrait sur l’Union. Car ce à quoi le Conseil européen s’est résigné n’est rien d’autre qu’un no deal qui ne dit pas son nom.

 

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