Daniel Gueguen

Cette phrase célèbre a (aurait ?) été prononcée par Jean Monnet l’un des pères fondateurs de l’UE. Sans doute voulait-il dire que l’économie et la loi du marché ne suffisent plus. Peut-être suggérait-il aussi que sans semence culturelle il ne saurait y avoir d’Europe unie. La question mérite d’être examinée à la lumière d’aujourd’hui.

Lutter contre les fake news, voici l’un de nos grands débats. Mais c’est quoi une fake news ? Est-ce une information connue comme étant fausse et délibérément communiquée comme si elle était vraie ? Oui, c’est ça la définition d’une fake news. Mais dans la pratique ce n’est pas que cela. La plupart des fake news sont des informations communiquées de bonne foi en pensant qu’elles étaient vraies alors qu’elles étaient fausses. Une autre catégorie de fake news regroupe des informations que l’on aurait jugées fausses si on avait pris le temps d’y réfléchir, mais que l’on diffuse comme vraies par paresse, par laxisme ou par incompétence.

Le débat européen est pollué par les fake news dont une large part sont non intentionnelles. On a simplement pas pris de temps de vérifier. On avait pas la culture suffisante pour comprendre que le raisonnement était faux ou les chiffres inexacts. Ne pas avoir la culture suffisante pour démêler le vrai du faux ne serait pas un problème s’il était possible de les vérifier auprès de sources reconnues comme fiables. La presse en serait une. Mais est-elle fiable ? Les agences européennes (EFSA, ECHA, ECA, …) une autre, mais sont-elles crédibles ?

 

Les réseaux sociaux constituent un outil idéal pour les fake news et autres informations non vérifiées.

Aucune sanction n’est à craindre, aucun filtrage, même dans des publications de références les pseudonymes sont acceptés. Twitter, Linkedin, Facebook, … c’est la jungle et la loi du plus fort. Et c’est qui le plus fort ? Celui qui sait le mieux se servir du système. Autrement dit, la perception du message par l’opinion publique n’est pas liée à son exactitude ou à sa fausseté, mais à la simple capacité de l’émetteur à utiliser les nouveaux outils de communication électronique.

La gouvernance actuelle de l’Union européenne exclut toute dimension culturelle. On se souvient des « Carrefours de l’Europe », ces réunions thématiques où Jacques Delors recevait les penseurs du monde entier. Où sont-ils aujourd’hui les « penseurs de l’Europe », les concepteurs des grandes politiques de demain ? Ils sont noyés dans les contraintes : d’abord, le nombre excessif d’Etats membres. Ensuite, les finances. La BCE émet 4.000 milliards € de liquidités, mais on chipote sur quelques milliards pour le budget. Autres contraintes : la complexité procédurale à simplifier d’urgence et le glissement de l’UE vers des textes toujours plus bureaucratiques, plus techniques et plus clivants.

 

Moins on a de culture et plus on est clivant, intolérant

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : moins on a de culture et plus on est clivant. Moins on connait, plus on est intolérant. Ce qui est à craindre dans les années qui viennent est le durcissement des relations entre acteurs de l’Europe. Des Etats membres et un Parlement luttant pour leur primauté au détriment de l’intérêt commun. Une bureaucratie confiscatoire qui abaisse les ambitions au plus petit commun dénominateur. Des parties prenantes qui s’ignorent ou s’invectivent.

Aujourd’hui on ne peut pas dire que l’Union européenne manque d’un grand dessein. Avec le Green deal nous avons un défi considérable. Mais si l’ambition légitime n’est pas assise sur des lignes budgétaires au niveau requis, une gouvernance revigorée et une société civile capable de se parler et de chercher les voies de l’équité, alors ce sera un échec. Il est donc essentiel de réapprendre à se parler, de réapprendre à réfléchir, de réapprendre l’analyse critique, bref de recommencer par la culture.

 

LinkedIn Daniel Guéguen I Twitter @GUEGUENDaniel

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