Daniel Gueguen

La volonté législative de la Commission pour le Green Deal va se trouver fortement impactée par le Covid 19.

Pour certains, le redémarrage économique de l’UE est une chance pour atteindre les objectifs de neutralité carbone et d’une économie circulaire. Pour d’autres, ces objectifs doivent s’effacer devant l’urgence.

Cette Comitology Newsletter spécial « Green Deal » explore le labyrinthe législatif et règlementaire du projet et analyse les stratégies de lobbying dans la tourmente actuelle.

 

Le Grand marché de 1992 reposait sur une notion d’échelle, le Green Deal repose sur un changement de paradigme.

Il constitue ainsi un projet d’une extrême ambition qui, avant même le Covid 19, s’est trouvée contrariée par les résistances du Conseil Européen à accepter le Multiannual Financial Framework dont l’enveloppe était pourtant bien mince au regard des besoins.

La crise du Covid 19 fait entrer l’Union européenne dans une dimension inconnue source de tous les dangers. Les risques sont tels qu’il n’est aucun économiste, aucun politologue, ou aucun prévisionniste qui ne s’interroge sur la durabilité de l’Union européenne et de l’Euro.

 

  • D’abord au point de vue financier. Les perspectives financières faisaient ressortir un budget pluriannuel de 1.000 billions € pour 2021-2027. Avec le Covid 19, ce chiffre devrait être affecté d’un coefficient 10. C’est, en effet, une somme de l’ordre de +/- 10.000 milliards € (75 % du GDP annuel de l’UE 27 !) qui serait nécessaire sur les années 2020-2022 pour digérer le choc et relancer l’économie. Cette somme monstrueuse sera financée par l’Accord financier pluriannuel, le fonds de transition, le Green Deal Investment Plan, le Mécanisme Européen de Stabilité, la BCE et les plans nationaux.

 

  • Qui va payer ? L’UE va se diviser entre les pays résistants et les pays assistés. Parmi les résistants l’Allemagne, la nouvelle ligue (Irlande, Pays-Bas, Danemark, Suède, Etats baltes), les pays du Visegrad, … Parmi les pays assistés, l’Italie et l’Espagne bien sûr, mais aussi et sans aucun doute la France. Le gap de compétitivité entre l’Allemagne et la France va devenir gigantesque avec une Allemagne dont le leadership économique se renforcera et une France à l’agonie.

 

  • Certains économistes de renom évoquent une faillite de l’Euro qui ferait défaut ou éclaterait. Un tel scénario n’est pas envisageable car il est impossible en pratique : comment vivre au quotidien avec une monnaie qui n’existerait plus ? Le scénario le plus probable est que l’Euro demeurera à moyen terme, mais avec des pertes de pouvoir d’achat majeures dans les pays faibles de l’Eurozone. On doit s’attendre en Italie, en Espagne et en France à des mouvements sociaux de très grande ampleur de nature à mettre en péril l’existence même de l’Union européenne dans son format actuel.

 

  • Les Institutions européennes vont entrer dans un long combat marqué par une alliance structurelle entre la Commission et le Parlement européen, tandis que le Conseil européen divisé tentera de réduire les ambitions du Green Deal et de ralentir sa mise en œuvre.

 

  • Cette même logique de conflit vaudra au niveau des parties prenantes avec une société civile désireuse de changer le monde (« plus rien comme avant ») et l’industrie axée sur sa survie dans un contexte économique et social durablement dégradé dans l’Union européenne et mondialement.

 

Instabilité et conflit sont les deux mots qui viennent à l’esprit quand on analyse le Green deal dans l’après Covid 19. En termes d’équilibre institutionnel, de relations entre Etats membres et d’interaction des parties prenantes, rien ne sera plus comme avant. Il faut s’y préparer.

 

Daniel Guéguen

 

Decouvrez l’ensemble de la Comitology Newsletter special Green deal.

 

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